1988 - Anna Broere

An 1988
Navire Anna Broere
Lieu Sur Ijmuiden, Pays-Bas
Type de cargo En vrac
Produits chimiques ACRYLONITRILE

Résumé

Le navire-citerne néerlandais Anna Broere, de 1500 tpl, en route de Rotterdam vers l'Angleterre, est entré en collision avec le porte-conteneurs suédois Atlantic Compass le vendredi 27 mai 1988. L'Anna Broere a coulé suite à une avarie de coque sur tribord, à 60 milles de Ijmuiden, Pays-Bas (Figure 1).

L'Anna Broere transportait 547 tonnes d'acrylonitrile et 500 tonnes de dodécylbenzène (benzène d'alkyle en chaîne droite). L'acrylonitrile est toxique sous forme liquide comme sous forme de vapeur et peut être létal à fortes concentrations. Il a également été constaté qu'il est cangérigène si la période d'exposition est prolongée. Mais une exposition de courte durée ne semble pas causer de dommage permanent une fois que la personne s'est remise d'une exposition aigüe.

Étant donné que l'acrylonitrile a tendance à se polymériser au cours du transport et du stockage, on ajoute au liquide un inhibiteur qui empêche temporairement cette réaction de se produire. Sans inhibiteur, la réaction devient incontrôlée et la chaleur ainsi libérée peut provoquer une explosion du produit chimique, notamment lorsque celui-ci est dans un récipient.

Répandu dans le milieu marin, l'acrylonitrile se dissout et s'évapore.

Le dodécylbenzène est un liquide plus léger que l'eau de mer. Il a une solubilité de 0,19% et un point éclair de 133º C. Sa concentration létale 50(%) (CL50) est >100 mg/1.

narratif

Le navire-citerne néerlandais Anna Broere, de 1500 tpl, en route de Rotterdam vers l'Angleterre, est entré en collision avec le porte-conteneurs suédois Atlantic Compass le vendredi 27 mai 1988. L'Anna Broere a coulé suite à une avarie de coque sur tribord, à 60 milles de Ijmuiden, Pays-Bas (Figure 1).

L'Anna Broere transportait 547 tonnes d'acrylonitrile et 500 tonnes de dodécylbenzène (benzène d'alkyle en chaîne droite). L'acrylonitrile est toxique sous forme liquide comme sous forme de vapeur et peut être létal à fortes concentrations. Il a également été constaté qu'il est cangérigène si la période d'exposition est prolongée. Mais une exposition de courte durée ne semble pas causer de dommage permanent une fois que la personne s'est remise d'une exposition aigüe.

Étant donné que l'acrylonitrile a tendance à se polymériser au cours du transport et du stockage, on ajoute au liquide un inhibiteur qui empêche temporairement cette réaction de se produire. Sans inhibiteur, la réaction devient incontrôlée et la chaleur ainsi libérée peut provoquer une explosion du produit chimique, notamment lorsque celui-ci est dans un récipient.

Répandu dans le milieu marin, l'acrylonitrile se dissout et s'évapore.

Le dodécylbenzène est un liquide plus léger que l'eau de mer. Il a une solubilité de 0,19% et un point éclair de 133º C. Sa concentration létale 50(%) (CL50) est >100 mg/1.

Reprendre

Dès qu'il a été notifié de cet abordage, le centre de la Garde-Côte néerlandaise a déclenché une opération SAR alors que la Direction de la mer du Nord assumait la responsabilité de l'évaluation des risques posés par la cargaison du navire. Dix des onze membres de l'équipage ont été pris à bord de l'Atlantic Compass: le premier lieutenant était porté disparu. Le second mécanicien, qui avait été gravement blessé dans la salle des machines, ainsi que le cuisinier ont été transférés plus tard à l'hôpital par hélicoptère.

Une zone d'exclusion a été établie, d'un rayon de 10 km pour le trafic maritime et de 300 mètres pour le trafic aérien. La zone était placée sous la surveillance de la Marine Nationale néerlandaise.

Les pays appartenant à l'Accord régional de la mer du Nord ont été informé par le système POLREP. Le trafic maritime et aéronautique dans la région a également été notifié.

Le lendemain, on a prélevé des échantillons d'air à une distance de 40 milles sous le vent du navire pendant qu'un autre bateau plaçait des bouées pour signaler la zone de l'épave et pour aider à la surveillance du périmètre de sécurité. On n'a détecté aucune trace de vapeur d'acrylonitrile. Un navire, qui avait à son bord une équipe de plongeurs, s'est rendu sur zone pour évaluer l'état de l'Anna Broere qui gisait sur son côté tribord avec son étrave qui émergeait approximativement de 15 mètres au-dessus de la surface de la mer.

L'équipe de commandement s'est réunie le 28 mai et, après avoir obtenu du propriétaire du navire le plan d'arrimage (Figure 2), a envisagé la possibilité d'une fuite d'acrylonitrile de la citerne no 4 de tribord. Les observations faites lors de la visite sous-marine indiquaient clairement que le côté tribord était gravement avarié et que les citernes no 5 et 3, contenant du dodécylbenzène, avaient des fuites, mais il n'était pas possible de confirmer si la citerne no 4, contenant de l'acrylonitrile, fuyait elle aussi. Après une seconde visite sous-marine le 30 mai, il a été décidé de procéder au sauvetage du navire.

A la suite d'un appel d'offres, Smit Tak a obtenu le contrat et les opérations ont démarré le 1er juin. Le sauvetage devait durer dix jours. L'opération consistait à retourner le navire et à le remonter en utilisant une bigue flottante. Toutefois, à cause du mauvais temps, on a seulement réussi à connecter un cable et l'opération a été suspendue.

Le 16 juin on a fait une seconde tentative, mais pendant l'opération de redressement et de levage, deux cables se sont rompus et le navire est retombé au fond. Il a alors été décidé de couper le navire en deux sections (Figure 3): séparer la partie arrière avec la citerne no 4 (acrylonitrile) du reste du navire; puis transférer la cargaison de la citerne qui fuyait.

Le 30 juin, on a retourné l'Anna Broere, et l'opération de découpage a commencé. Pendant l'opération on a constamment contrôlé la qualité de l'air et l'équipage de la bigue s'est retiré immédiatement après le retournement car la concentration de l'acrylonitrile dans l'air dépassait la valeur de la concentration maximale autorisée de 4 ppm (MAC : Maximum Authorised Concentration). Le lendemain, le navire a été découpé en deux. La concentration de l'acrylonitrile dans la colonne d'eau à proximité du navire était de 0,3 ppm à 0,1 m de profondeur et de 10-35 ppm entre 1 m et 10 m de profondeur. (La concentration létale 50(%) (CL50) de l'acrylonitrile mentionnée dans la littérature varie de 0,05 à 6 ppm).

Le 2 juillet, on a procédé aux travaux préparatoires du hissage de la partie arrière du navire. On n'a décelé aucune concentration d'acrylonitrile dans l'air mais, le 5 juillet, des lectures de 4-6 ppm ont compromis la sécurité du travail des sauveteurs sur la bigue flottante. En raison du mauvais temps, l'opération de sauvetage a du être suspendue.

Le 13 juillet il a été décidé, premièrement, de procéder à un transfert sous l'eau de la cargaison de la citerne no 4 dans un autre chimiquier, amené sur les lieux spécialement pour cette opération et, ensuite, de hisser la section arrière du navire coulé. A cause du mauvais temps, cette opération a été retardée jusqu'au 20 juillet. Pendant le transfert de cargaison on a mesuré 4 à 5 ppm d'acrylonitrile dans l'air. La cargaison transférée de la citerne no 4 comportait surtout de l'eau de mer (d'une teneur de moins de 2% d'acrylonitrile) indiquant que la majorité du produit chimique avait été perdue.

Le relevage de la partie arrière du navire a été à nouveau retardé jusqu'au 5 août. Elle a alors été mise sur une barge et le reste de l'acrylonitrile transferé dans le transporteur de produits chimiques. Le 8 août, la poupe du navire coulé était chargée à bord d'une barge et, le 10 août, l'Anna Broere faisait son entrée dans le port de Rotterdam.

Le navire a été dédouané et livré à un entrepreneur de démolition de Rotterdam. L'eau de mer polluée par l'acrylonitrile a été remise à une société d'élimination des déchets et le reste de la cargaison d'acrylonitrile a été vendu à une société de recyclage. Le dodécylbenzène a également été vendu et recyclé.

Sur un total de 73 jours il a eu seulement 25 jours effectifs d'opérations de sauvetage, limitées aux journées où ces opérations étaient rendues possibles par la force du vent (au-dessous de force 5 de l'échelle de Beaufort) et par l'état de la mer (vagues au-dessous de 1,7 m).

Du fait de l'avarie des citernes, on a estimé avoir perdu environ 200 tonnes d'acrylonitrile et 118 tonnes de dodécylbenzène. Étant donné ce faible taux de perte (calculé à 0,04 kg/sec), on a estimé que la superficie affectée était limitée en comparaison de la sévérité de l'impact qui résulterait d'une libération instantanée d'acrylonitrile. En fait, seul un périmètre de 100-200 mètres autour du navire a été affecté depuis le début jusqu'à la fin de l'opération. De plus, on n'a observé aucune mortalité chez les organismes marins.

Des effets négatifs ont cependant pu être décelés sur des algues lors d'essais effectués en laboratoire avec des échantillons d'eau prélevés à une certaine distance du navire. Toutefois, grâce à la "biodégradabilité rapide" de l'acrylonitrile, ce produit se décompose en l'espace de quelques semaines.

Dernière modification 2020-12-09T12:11:09+00:00